D’un coup, la montagne s’ouvre. Je rejoins vite le relais en dessous de la MC. Caracal, comme d’habitude arrive en traînant. Mais mon attentionestinstantanément captée par le mur d’eau qui s’écoule à mes pieds. Mon esprit s’étourdit par l’ambiance irréelle. 90 m plus bas je devine une vasque infinie.Le bleu sombre de la mer capricieuse, éclairée par les derniers rayons du soleil qui se faufilent au milieu des nuages agite mon cœur. Son rythme endiablé coïncide avec ma vue qui se brouille. Je me ressaisis, juste le temps de voir Laurent enveloppée par la nuée aquatique. La cascade en gros débit envoie des paquets d’eau qui accentue mon appréhension.

Nous sommes au bout de 9 h de descente harassante dans le final de Delgado. Je me rappelle comment hier soir nous avons compulsé avec frénésie la bible d’Antoine Florin, canyons à PassoMadère. Nous avons relevé tous les points GPS, appris par cœur la carte, anticipé la moindre difficulté. Grâce au topo, malgré le brouillard, on a trouvé le chemin sans grandes difficultés. La végétation nous surprend. Le vert omniprésent, fluorescent, à profusion, un jardin d’Eden aménagé par un jardinier divin, de partout, des lis, des arums, des oiseaux du Paradis, des arbres violets, de plantes aux noms inconnues dont nous photographions avec attention le moindre des atours, un paradis végétal qui nous conquit aussitôt. Nous sommes tout particulièrement étonnés par les forêts : la Laurrisilva, une forêt primaire. Pas de chênes, de pins ou d’eucalyptus, seulement des Lauriers géants, aux troncs massifs et torturés.

PassoEncore surpris de toute cette luxuriance, bien que nous soyons à une latitude plus au sud que Casablanca, sous la bruine, nous avons attaqué la descente. D’ailleurs, nous nous regardions tous dubitatifs. Caracal le premier.

- Super… une vraie bouse d’Ardèche… et en plus ça glisse… J’ai autre chose à foutre… J’ai du boulot moi… Qui veut le sac de rééquipement ?

C’est ici que se termina l’histoire de Caracal, c’est là que commença la mienne !Delgado

Je continuais intrigué par ce spectacle. La première partie terminée, sans grand intérêt, on dépasse la Levada Norte et le canyon s’encaisse. Sans interruption les rappels trés bien équipé par Antoine Florin et ses amis s’enchaînent dans des étroits sombres, mais originaux. Plus on avance, plus les vasques sont profondes et plus la descente prend du caractère, jusqu’à la dernière section. A présent, le débit est devenu important. Les rappels sont plus techniques. Mais l’apothéose s’offre à moi lorsque je me retrouve sur cette petite margelle, 90 m au-dessus de la mer.

Je me jette dedans, la corde lourde me tire vers le bas. Les gouttelettes glissent sur mon casque et rafraîchissent mon visage. Je frôle le jet, je le palpe du pied, je le sens vibrer, rebondir dans ma poitrine dans laquelle s’écoule un liquide chaud, intense. Je vois plus bas, Laurent, la tête baissée, se protégeant du jet. Je me vache au relais suspendu, pas pratique, mais je devine la suite. Un magnifique rappel vertical, la paroi figée à quelques centimètres de mon souffle.

SeixalLa cascade n’est plus qu’un bloc, qui s’effondre sur les bords lisses de la lave. Elle se dégage de la roche laissant une traînée qui m’enveloppe d’embruns ! Je me laisse filer sur la corde et transporté par cette ambiance grandiose, je sens à peine les rochers du bas toucher mes pieds. Je me dégage vite et admire cette gerbe unique, encerclée de fougère dans la falaise, à proximité de l’éboulement du mois d’octobre.

Même si Delgado à moins de passages marquants que Seixal, que les rochers glissent et que le soleil apparaît rarement caché par la brume, sans compter la première partie fastidieuse et peu intéressante, cette descente de 55 rappels qui s’étagent sur 1380 m offre un Porto Monizdes plus gros dénivelés d’Europe. Elle entre dans le Palmarès des grandes descentes et côtoie des parcours comme ceux de la réunion, la Bendola, Serviera, le Gorgopotamos, Bussing, …

Une destination incontournable pour les équipes sportives.

SeixalRédaction Caracal
Avec : Laurent Felder, Laurent Billery, Sandrine Billery et Arnaud Peyre.

* L'Europe s'entend au plan continental. Madère appartient à l'UE en tant qu'île portugaise.