Qui l’aurait cru !

La Calabre terre des paradoxes !

 

On vous dit, Calabre et canyon. Vous vous retenez de rire en vous reprenant aussitôt pour ne vexer personne. Les images se bousculent alors dans votre tête. Canyon ou plutôt bouses à sec ! Personne n’en parle, personne ne connaît, c’est donc qu’il n’y a rien ! Si on veut aller se faire rôtir au soleil, dans un paysage semi-désertique, peut-être que ce pays prend de l’intérêt, mais là nous parlons de sport sérieux. Pour beaucoup, les montagnes existent à peine, recouvertes de buissons épineux sous un soleil de plomb. Et quand bien même vous y réfléchiriez un instant, aussitôt vous seriez pris de frissons. Vous enverriez aussitôt à l’AIC un mail demandant inquiet : « Peut-on canyoner là bas ? La N’drangheta (la mafia locale) ne risque-t-elle pas de nous racketter voire de nous enlever ? Ne risque-t-on pas de tomber sur des caches ou des dépôts illicites ? »

 

Dès cette question posée et le ridicule passé, vous commencerez à vous acheminer vers la vérité. En effet, on vous répondra que la N’Drangheta à autre chose à faire que de détrousser des touristes et que quand bien même vous seriez dans un lieu non autorisé on vous l’aurez fait savoir bien avant ! Il faut sortir des clichés et des a priori.

 

La Calabre ne ressemble en aucun point à la caricature que l’on s’en fait. A la place vous aurez de hautes montagnes dépassant les 2000 m, couvertes d’épaisses forêts de feuillus. Les canyons existent, ludiques, impressionnant, pour les spécialistes, comme pour les débutants. L’eau est omniprésente, jusqu’au milieu de l’été, posant même des problèmes en début de saison. La vie est paisible au milieu des oliviers et des vignes, accueillante pour le touriste qui savent s’arrêter un instant. Vous serez surpris par les mélanges culturels. Albanais dans certains villages, byzantins dans d’autres, surmontés de ruines normandes, un creusé culturel, révélateur de son histoire complexe. Ce monde n’est pas idyllique, les problèmes économiques et politiques sont réels, mais vous en serez bien loin lors de votre passage touristique.

 

Du fait de la variété de la région, vous pouvez imaginer un itinéraire pendant 7 jours. La meilleure période est entre mi-mai et mi-juin. Avant, les débits d’eau peuvent poser problèmes. Après, la chaleur devient écrasante et les affluents des grands collecteurs s’assèchent. Les deux canyons incontournables sont Sammaro et Grimavolo-Raganello.

 

1er jour : Bateau Toulon-Civitavecchia (arrivée à 12 h 30). Canyon dans le massif de Matese

2ème jour : Grimavolo-Raganello (ou Sammaro)

3ème jour : Cacavo et Nocilli

4ème jour : Mancosa-Barile

5ème jour : Cologniati et visite du massif de La Sila

6ème jour : Ficatorta-Castiglione

7ème jour : Sammaro, bâteau à Civitavecchia à 17 h ou 21 h

 

Sammaro (3,6/4) est déjà bien connu. Incontournable encaissement dont la partie la plus étroite est longue de 2 km. Elle se termine dans de grandes vasques ludiques jusqu’à la résurgence finale. C’est un des grands parcours européens.

 

Plus au sud on rencontre l’étrange massif de Pollino. Radeau posé sur le pied de l’Italie. A civita, l’abëresch, peuplé des ancêtres albanais, vous serez saisi par la puissante muraille rocheuse. Au milieu coule le Grimavolo et le Raganello (3,3/4). Le premier, l’affluent aux cascades finement encaissées, le second une des gorges encaissées les plus longues d’Europe. L’idéal est de descendre Grimavolo lorsque l’eau coule jusqu’en bas sans disparaître à mi-parcours. L’arrivée dans le Raganello est alors grandiose. Le collecteur ensuite est une longue marche aquatique avec quelques beaux resserrements agrémentés de tufs.

 

Mais, le séjour dans cette terre n’est pas terminé. Le Raganello a deux parties très encaissées. Il reste en amont la gole dei Barile (3/4). Cette dernière est plus dense, plus intéressante, plus impressionnante que l’aval, avec un encaissement très étroit, et des sauts. Pour éviter une navette qui n’en finit plus il est possible de se garer dans les confins de San Lorenzo de bellizi. En face de ce coup de sabre qui fend en deux la montagne et après avoir dégusté les fromages locaux, un chemin aérien, à la beauté digne du Verdon, vous mènera jusqu’au départ du canyon. Engagé dans le Canale Mancosa (1,8/4) et par plusieurs rappels dont un de 75 m vous atterrirez au départ de la gole. A l’image de son grand frère vous avez mélangé verticales et rando-aquatique.

 

Vous pouvez passer dans le secteur une journée supplémentaire si vous le désirez. Cacavo (2,2/4) vous rappellera vos souvenirs de Tunez et des canyons secs du Verdon. La première 60 m est impressionnant dans son cirque et la 35 m suivante est bien sculpté. Il est possible de sortir au milieu pour éviter la descente du Raganello et une longue navette. Cette sortie est réservée à ceux qui savent lire une sente étroite et peu marquée. Pour vous rafraîchir faîtes ensuite un tour rapide dans le Nocilli, sympathique affluent que vous avez croisé lors de la descente du Raganello avant le Ponte Ilice.

 

L’ouest du massif de Pollino ne démérite pas. Deux descentes d’intérêt se cachent dans ses vallées étroites : Castiglione et Ficatorta. Toutes les deux ont des caractères totalement opposés. Le premier, sera idéal pour les débutants dégrossis. Court, ludique et esthétique, dans un calcaire blanc, il possède toutes les qualités pour se rafraîchir facilement et avec plaisir. La dernière cascade offre une gerbe exceptionnelle se rapprochant des émotion d’Isorno finale. Ficatorta est tout le contraire, après un accès hasardeux, on tombe dans une ambiance austère, digne de la Haute Savoie. La mousse descend des arbres dans une ambiance humide. Les encaissements sont ténébreux, très étroits, sans vasques profondes et au milieu des arbres morts. Il est réservé à ceux qui aiment les beautés sauvages. Autre qualité de ces deux canyons, c’est qu’ils coulent toute l’année. Il faut même les éviter trop tôt dans la saison, en particulier Ficatorta. Les deux canyons peuvent s’enchaîner dans la journée. Merci à Francky Zito qui nous a fait découvrir ces deux descentes.

 

Enfin, faîtes un tour dans le massif de La Sila, ancien cœur de l’église byzantine d’occident. Ce nom est la contraction du Selva latin et du Hyla grec, signifiant dans les deux cas : la forêt. Et oui, vous êtes loin de l’image de la Calabre à la chaleur étouffante et aux paysages dénudés. Cet ensemble collinaire granitique dans une péninsule principalement calcaire, vous étonnera. Très humide, recouvert de forêt, il donne naissances à de nombreux fleuves. Malheureusement, cette roche se prête peu au canyon. Il n’y a pas de boucliers rocheux robustes à percer. Toutefois, ne ratez pas le Cologniati (2/4) récemment découvert par Michele Angilieri. A une heure de civita, il offre des cascades arrosées et rafraîchissantes, ponctué de quelques sauts.

 

En sommes, nous voilà dans un secteur contrasté, aux ambiances et à l’intérêt varié mais qui vaut le coup d’œil.

 

Merci à nos accompagnateurs Calabrais et des Pouilles : Nick stratrek, byMoris, Roberto de Marco, Franco Zito, Lorenzo Vita…