La Suisse centrale : une bonne surprise de l’été

 

Ce n’était qu’un nom sur le GPS : Klöntal. Depuis 15 jours nous tournions en Autriche et dans les pays environnants sans rien trouver de formidable hormis Rudach prés de Dornbirn. Nous rentrions plutôt, mais sur la route, en regardant la carte de Suisse, nous vîmes qu’il y avait du côté de Glaris et des Grisons des parcours intéressants. Nous étions sans illusion sur cette région, souvent échaudé par des canyons au débit impraticable l’été ou à la beauté très relative.

 

Certes, la veille nous avions fait Chilentobel (2,8/4). Wolgang Streicher en Allemagne nous l’avait conseillé d’un long : chunnnnnnnnn canyon. Et c’est vrai que nous avions parcouru tout euphorique le canyon d’initiation le plus beau de Suisse selon notre goût. Dans un encaissement profond devenu blanc, s’enchaînait un nombre incroyable de petits sauts et toboggans. Un vrai régal de fin de journée.

 

Mais là, nous étions de nouveau au centre de la Suisse dans un microscopique canton enclavé, celui de Glaris. Nous allions sûrement perdre une journée pour rien. Une de plus. La route était raide et tortueuse et le GPS annonçait encore 5 km. D’un coup, nous sommes en vue du lac de Klöntal. Et là, nous nous arrêtons ébahis. L’ambiance est envoûtante. En face de nous une muraille de roche s’élève droite vers le ciel et elle se reflète dans un lac aux formes douces. Les sommets dominés par d’énormes cumulus bourgeonnent rapidement. L’ambiance, ténébreuse, sombre, contraste avec le lac qui rayonne d’un bleu turquoise. Inquiet on se ressaisit vite, juste le temps pour avoir de nouveau l’eau à la bouche. Au milieu des paliers rocheux, de profonds sillons aux cascades impressionnantes se dessinent. Tel à Gavarnie, la montagne forme des strates en arc de cercles, avec des névés ou glaciers sommitaux qui alimentent une série de cascades entre 100 à 200 m de hauts. Mais l’originalité du lieu c’est que ces canyons sont encaissés et ne se limitent pas à un seul obstacle. On découvre un terrain d’aventure réservé aux amoureux des grandes verticales (Voir carte).  Nous repérons 6 canyons à grandes verticales dont 3 intéressants.

 

Prés du barrage, on trouve le canyon avec le plus gros débit. Il est alimenté par le glacier de Glärnisch. Le Tscholboden (Les noms sont en fonction des lieux dits où des sommets) se descend à l’automne. Il y a deux parties. La haute est plus encaissée. On peut y accéder facilement en continuant la route après le barrage et en suivant un chemin bien visible sur la carte.

 

Le Darli à côté n’a qu’une simple grande cascade finale.

 

Le Denkmal et le Bärentritt sont des cascades/falaises quasi inaccessibles. Le Bärenttrit est complètement sec dès la fonte des névés.

 

Le Dunggellaui fait parti des parcours intéressants. Le haut est encaissé et la fin forme une grande cascade ouverte. A faible débit l’été, des névés semblent coincés à son départ.

 

Le Tristli offre la plus belle cascade  finale, avec au moins 150 m. Elle se dégage de la paroi dans un beau cirque. L’ambiance nous rappelle celle de Pisson ou du Ruzand. Le départ est lui aussi encaissé et le débit est correct dès la deuxième moitié de juillet. A première vue, il doit être possible d’y accéder en partant du camping.

 

A côté le Lijis est à sec et sans belles formes. Au-dessus du camping il n’y qu’un couloir à avalanche.

 

 

Mais au bout du lac une autre surprise nous attend. On s’arrête devant le Sulzbach (3,2/4) dont on voit bien les dernières cascades. Nous n’avons aucune information hormis un nom sur la liste du site Schkuchtour. Nous nous procurons la carte et nous voyons que l’accès est assez facile. Mais pour trouver quoi derrière ? Le lendemain on réalise la marche d’approche et les choses commencent mal ! Nous ne trouvons aucun relais au départ. Après avoir évité ce qui peut l’être, on arrive à la première cascade infranchissable et toujours rien. Nous commençons à nous inquiéter. Que fait-on, demi-tour, on tente un va tout, quelle quantité de matériel d’équipement aura-t-on besoin ? On voit RG une échappatoire possible. On décide de descendre cette cascade qui forme un fil d’araignée au milieu de deux jolis jets. Mais, à l’obstacle suivant toujours rien. On progresse encore un peu et là enfin on trouve le premier point. Et quel plaisir ensuite Le canyon offre 15 cascades entre 20 et 70 m avec toutes les formes possibles. Que ce soit surplombantes en fil d’araignée, arrosées, encaissées, en goulotte… nous avons tous les type, et tout cela avant le final grandiose qui au soleil offre de belles verticales bien sculptées avec vue sur le lac et la vallée. Un bon moment accessible dès l’été mais à l’équipement à revoir.

 

Ragaillardi nous commençons à prendre en considération la liste du site Schluchtour. Peut-être qu’un secteur au potentiel inconnu existe ? On voit que Fuchbach (3,1 à 3,3/4) juste à côté a lui aussi 4 étoiles. Le soir même on découvre les belles cascades finales avec un encaissement fort au-dessus. On patiente 24 heure pour laisser passer l’orage  et le lendemain, le soleil est au rendez vous. Au final, on descend l’équivalent du ravin des Enfers des Alpes de haute Provence. Dès le départ on est happé au fond de la montagne par un premier rappel de 60 même dans un encaissement profond. Ensuite, les cascades s’enchaînent sans discontinuer, toujours dans des étroitures aux formes arrondies. Nous sommes assez interloqué de nos découvertes. Ces canyons sont équipés, tous dans le même état d’esprit. Ils semblent avoir été découvert depuis plus de 10 ans et pourtant le topo du CAS sur la Suisse n’en parle pas. Comment cela se fait-il ? Surtout qu’ils sont en bonnes conditions l’été.

 

On décide d’être encore plus ambitieux. Et pourquoi pas Turnigla (3,8–4/4) ? Jusqu’à présent dans le secteur on ne connaissait que Zanaibach. Mais son débit nous a toujours empêché la descente. Arrivé devant Turnigla, nous avons notre plus grande surprise. Il est unique en son genre. Dès la deuxième cascades, les sauts s’enchaînent, naturels, sans frein. L’euphorie s’empare des esprits. Le cœur bat à son maximum. Les phrases ne sont plus que des logorrhées : magnifique, exceptionnel, incroyable. Le plus dur reste de conserver sa concentration. L’encaissement est merveilleusement sculpté dans un calcaire grisâtre totalement lisse. Les vasques profondes, bien que parfois piégeuses, d’un bleu turquoise unique, offre un rêve continu. Le soleil se faufile dans l’encaissement laissant scintiller de milles reflets les formes sensuelles. Les cascades arrondies se parcourent dans un éclat d’eau qui tutoie notre sourire qui est resté coincé sur nos lèvres toute la descente. Mais l’ensemble reste technique, on doit sortir le perforateur pour percer deux trous afin d’installer deux déviations. Il faut éviter une vasque bouchée par le jet dans un fort étroit. Arrivé à la prise d’eau on en rajoute un autre pour passer loin de la grille. Le bonheur continue ainsi jusqu’au bout. Dans la dernière partie, les cascades devenues plus hautes sont creusées dans de profonds encaissements. Risés de résurgences, elles accompagnent nos pas d’un rideau de gouttes. Bien que ce canyon soit déjà équipé voire très bien pour le bas, nous avons eu la même émotion que si nous en avions fait la première. Quelques heures avant, ce n’était encore qu’un simple rond sur une carte imprécise. Le débat s’enflamme pour savoir si c’est le plus beau ou pas d’Europe. Mais le mystère persiste. Pourquoi personne n’est au courant ? Pourquoi seul des canyons impraticables ou secondaires sont-ils décrits.

 

Enhardi par tant de succès on se présente deux jours plus tard devant Zanaibach, au débit jusqu’ici redoutable. Le débit est le plus bas que ce que j’avais pu voir en 3 ans. Le lendemain nous gravissons son chemin d’approche. On ne voit pas le fond si ce n’est le bruit inquiétant des cascades. L’encaissement est impressionnant, profond et aussi bien sculpté que Turnigla. Malheureusement arrivé au pont en bois qui le surplombe on trouve qu’il y a encore trop de débit pour un canyon que l’on ne connaît pas. Ce sera pour une autre fois. Il nous arrive une aventure identique devant Schilstobel. Son rocher rouge proche de la Pélite est saisissant. Mais durant la nuit, il a plu et le canyon est en crue. Tout cela forme des objectifs pour le mois de novembre d’autant plus que l’on a trouvé un canyon glaciaire qui semble prometteur : Santishur. Les cascades finales sont impressionnantes et le haut semble ludique dans un bel encaissement.

 

En conclusion, on croît toujours trouver le bonheur toujours plus loin. Cet année il se trouvait à 1h30 du Tessin et 2h de Genève.